Jean Lemonnier

Peintre et sculpteur français – Né en 1950

Jean Lemonnier, un marin ? Jadis, je n’aurais pas parié là-dessus. Bien sûr, dans les griffures laissées par son enfance normande, la mer se profilait en lisière, fructueuses laisses de basse mer, plaisirs de la côte où toutes les nuances des verts unissaient l’eau à la terre. Dans son atelier, une nageuse bien en formes rendait hommage à ‘la Reine de l’iode’ de son enfance, la petite station normande, balnéaire et familiale.

Il nous était arrivé comme un terrien, un enraciné, un tellurique même qui portait à ses semelles le soufre et la lave de volcans auvergnats depuis longtemps éteints. Un homme des bois et du bois, de la nature sauvage, accroché à la terre, à ses humeurs et à ses rythmes, au microcosme d’une rivière, à la reconnaissance des chants d’oiseaux. Du moins ainsi me semblait-il.

Puis un mascaret a remonté l’Aff jusqu’à La Gacilly, et avec la vague sont arrivés des oiseaux de large envergure, des mastodontes à défenses d’ivoire, et tant d’autres formes marines antédiluviennes et cuirassées. L’atelier du Chat Noir devenait rapidement un reflet campagnard de la grande galerie de l’évolution, où les limules voisinaient avec les morses sous les yeux paisibles des yacks.

Bien des étonnements sont alors advenus. Des avisos et des avitailleurs ont traversé les calmes dîners au-dessus du jardin, Marion Dufresne et feue la Jeanne s’invitaient dans les conversations. Surtout notre ami, rétif au groupe, le libertaire à la vie non encartée, découvrait le plaisir d’une tradition séculaire, celle de la Royale. Le port de l’uniforme ne l’effarouchait plus, au contraire. Même les protocoles administratifs devenaient supportables, portés par les voiles d’une liberté qui lui ouvrait le chemin des terres australes.

Le corps des Peintres de la Marine devint ainsi son monde et depuis s’égrènent des noms illustres, des destinations qui font rêver, portant jusqu’à nous les parfums des vents du bout du monde. De sables arides en mers rugissantes, Jean parcourt la terre-mer, voit sa beauté, sa fragilité. Et il lui rend hommage dans chaque poignée de terre façonnée, dans chaque bloc de pierre attaqué au ciseau.

Ne jamais dire ou penser : « Océan, je ne boirai pas de ton eau ! » Quand bien même un verre de Bordeaux, reconnaissons-le, fait toujours gaillardement l’affaire.

Claudine Glot écrivain, fondatrice du Centre de l’Imaginaire Arthurien